Vidéo - Le crash de la Yéménia reconstitué





Dans une reconstitution informatique réalisée à partir des données recueillies dans les boîtes noires de l'appareil et des éléments de l'enquête française, on voit très clairement que le contrôle de l'Airbus a été perdu par le commandant.

Quatre ans après le crash du vol Paris-Marseille-Moroni via Sanaa au Yemen, des familles des 152 victimes ont manifesté ce vendredi après-midi devant le ministère des Transports à Paris. Elles le feront ce samedi à Marseille. L'avion s'était abîmé en mer à quelques kilomètres de l'aéroport de Moroni aux Comores durant la phase d'atterrissage. Seule une adolescente, Bahia âgée de 14 ans, avait survécu à l'accident.

La centaine de manifestants parisiens réclamaient justice et protection de l'État, insistant sur le fait que de nombreuses victimes étaient de nationalité française. "Le ministère se barricade derrière les règles internationales mais on est des citoyens français et donc on voudrait que notre État nous protège, garantisse nos droits", a déclaré Saïd Assoumani, président de l'association des familles des victimes de la catastrophe.

Le 30 juin 2009, les passagers avaient embarqué à Paris et Marseille à bord d'un Airbus A330 de la compagnie yéménite à destination de Sanaa. La correspondance était assurée par un Airbus A310 mis en service dix-neuf ans plus tôt. Une information judiciaire avait été ouverte au tribunal de grande instance de Bobigny quelques jours après le crash. Les juges d'instruction ont été récemment destinataires d'un rapport d'expertise dont les conclusions sont les mêmes que celles évoquées en milieu de semaine, à Moroni (Comores) par le directeur de la commission d'enquête comorienne.

INFO PRATIQUE : AGRANDISSEZ LA VIDEO EN PLEIN ECRAN pour pouvoir lire au centre de la vidéo la retranscription en français des échanges entre les pilotes et la tour de contrôle. EN VERT, le décompte, en temps, avant le crash.

"Une action inadaptée de l'équipage"

Bourhane Ahmed Bourhane indiquait que "l'accident est dû à une action inadaptée de l'équipage" au cours d'une "manœuvre non stabilisée". Les six experts désignés par les juges d'instruction de Bobigny considèrent, de façon similaire, que "les causes déterminantes de l'accident sont des manœuvres par les pilotes contraires aux règles de l'art et une conduite du vol manifestement inadaptée aux situations rencontrées, aboutissant à une perte de contrôle totale de l'avion".

Dans une reconstitution informatique réalisée à partir des données recueillies dans les boîtes noires de l'appareil et des éléments de l'enquête française, on voit très clairement que le contrôle de l'Airbus a été perdu par le commandant de bord et son copilote une minute avant que l'appareil ne s'abîme. Cette modélisation reprend la totalité des informations y compris les paroles échangées entre le cockpit et la tour de contrôle.

Les experts français ajoutent quelques causes : "Une approche de nuit délicate à cause de la proximité du relief montagneux et l'absence de feux de signalisation des obstacles pourtant obligatoires, ainsi qu'une météo difficile (vent très fort et turbulence)." Les alarmes correspondant aux deux situations dangereuses rencontrées en toute fin de vol, proximité du sol et approche du décrochage (stall warning), ont bien fonctionné mais, précisent les experts, "l'équipage n'a pas utilisé les procédures prévues pour faire face aux situations particulièrement critiques pourtant clairement signalées".

"Enfin on arrive à savoir ce qui s'est passé"

Il semble également qu'en raison de la météo, un changement de piste avait été ordonné par le contrôle aérien comorien. "L'obligation de prise en compte tardivement de devoir procéder à une approche indirecte à vue sur la piste 20 sans la préparation absolument nécessaire d'un briefing précis et détaillé est un élément fortement contributif pour cet accident."

Ces conclusions interviennent alors qu'une manifestation se déroulera aujourd'hui à Marseille devant la préfecture à l'appel de trois associations des victimes du crash. Quatre ans après, les familles réclament "que la vérité soit faite et que personne n'oublie". Les manifestants exigeront l'arrêt de l'exploitation des vols Yemenia en France – qui ne dessert plus Marseille - : "C'est un principe de précaution", explique Saïd Ahamada, porte-parole du collectif d'associations. Pour les avocats des nombreuses parties civiles marseillaises, ces conclusions ont beaucoup tardé. "Enfin on arrive à savoir ce qui s'est passé", soupire Me Christophe Pinel, avocat de cinq parties civiles. "C'est un cas d'école de tout ce qu'il ne faut pas faire. Ce défaut de formation, de suivi des pilotes fait que Yemenia va devoir réparer les préjudices causés."

"Nous avons subi énormément d'obstruction des autorités yéménites qui n'ont pas réellement coopéré", déplore Me Pierre Ceccaldi, défenseur de plusieurs autres parties civiles. Selon lui, "il n'y a plus de discussions sérieuses sur les carences de la compagnie, en termes de formation et de compétences de ses pilotes". Pour le collectif d'avocats marseillais, ces conclusions d'expertise pourraient conduire à la mise en examen de la compagnie. Pour se rendre aux Comores, les Marseillais utilisent désormais Air Austral – via La Réunion – ou Kenya Airways – via Nairobi.

Rédigé le Samedi 29 Juin 2013 à 08:18 | Lu 6739 fois


Luc Leroux (avec AFP)

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