O Mcezo* Cie



Censure culturelle et artistique. Interdiction de travail à l’Alliance française de Moroni pour une compagnie de théâtre à cause des positions politiques de son directeur artistique, Soeuf Elbadawi, sur l’intégrité territoriale des Comores.



O Mcezo* Cie
La compagnie comorienne de théâtre O Mcezo* est interdite de travail à l’Alliance française de Moroni, suite à une performance artistique (gungu) réalisée le 13 mars dernier dans les rues de Moroni par Soeuf Elbadawi, son directeur. Une performance durant laquelle il s’est exprimé avec d’autres citoyens comoriens, des artistes et des journalistes notamment, contre le viol de l’intégrité territoriale des Comores, adoptant à cette occasion la même position que la vingtaine de résolutions de l’ONU condamnant la présence française à Mayotte.

La décision de déprogrammer le travail de Soeuf Elbadawi et de sa compagnie à l’Alliance française de Moroni a été notifiée par un courrier de son directeur, Jérôme gardon, en date du 28 mai 09. Elle fait suite au limogeage du plasticien comorien Seda de l’école française (Henri Matisse) pour avoir pris part à la même performance en mars dernier. La décision avait été prise, semble-t-il, au nom de l’ambassadeur de France à Moroni. La décision de Jérôme Gardon engage ainsi son institution, la seule qui soit équipée pour accueillir un travail de création et de diffusion dans le pays, dans un positionnement politique dont le but serait d’exclure de son lieu les artistes comoriens ayant une opinion contraire à l’autorité française. Ayant manifesté son refus de la présence française à Mayotte, Soeuf Elbadawi est déprogrammé de l’affiche.

Jérôme Gardon, directeur de l’Alliance française à Moroni, au nom de son comité d’administration, accuse Soeuf Elbadawi d’avoir été « l’instigateur d’une manifestation politique violente ». En réalité, il fait référence à cette performance artistique réalisée le 13 mars dernier, laquelle performance se trouvait être une forme renouvelée de gungu, tradition populaire, à la fois politique et culturelle comorienne, assimilable au théâtre de rue. « On organise le gungu traditionnellement contre un acte mettant la communauté en péril. Nous avons revisité cette tradition sous forme de happening théâtral pour rappeler aux gens que le viol de l’intégrité territoriale des Comores est un acte mettant à mal la communauté d’archipel. Mais que signifie le geste de Jérôme Gardon ? Que ceux qui ne sont pas d’accord avec la présence française à Mayotte doivent se taire sous peine d’exclusion de l’Alliance française de Moroni. Je peux comprendre sa décision. Mais de là à qualifier une performance durant laquelle personne n’a été inquiétée de « manifestation violente », je pense qu’il délire totalement, et j’essaie d’imaginer les personnes qui vont prendre cette indication au pied de la lettre, en se demandant si je n’ai pas commis un acte terroriste. Quelle image veut-il donner de ma personne ? Ce que le directeur de l’Alliance française vient de faire est dangereux, diffamatoire, voire pervers » explique Soeuf Elbadawi.

La nature des relations entre Soeuf Elbadawi et l’Alliance française de Moroni, institution au sein de la quelle il a beaucoup œuvré du milieu des années 80 au début des années 90, et avec laquelle il a continué à travailler ces dix dernières années, a toujours été sans concessions, ni ambiguïtés. Soeuf Elbadawi n’a jamais omis de préciser ce qui fonde son travail artistique aux Comores : « l’obsession de la citoyenneté ». Ce qui n’a jamais dérangé la direction de l’Alliance par le passé. Jérôme Gardon s’était par ailleurs engagé depuis novembre 08 à prêter son lieu à la compagnie O Mcezo* pour trois étapes de travail, dont celle qui vient d’être déprogrammé du 21 juin au 3 juillet 09, afin de créer La fanfare des fous, un spectacle autour de la dépossession citoyenne.

L’attitude de Jérôme Gardon, au-delà du fait qu’elle entérine une « relation tarifée » (le silence des artistes comoriens sur la réalité politique nationale contre le droit d’exister dans « son » lieu), oblige à réfléchir sur la qualification (« manifestation politique violente ») utilisée pour désigner l’expression citoyenne d’un artiste impliqué dans la réalité de son propre pays. Soeuf Elbadawi s’interroge : « Ce qui est terrible, c’est d’entendre le directeur de l’Alliance dire que les Comoriens membres de son comité d’administration m’interdisent l’accès au plateau pour avoir dit que Mayotte est comorienne. Ceci revient à dire que Jérôme Gardon s’amuse à faire se dresser des Comoriens contre d’autres Comoriens. Il serait intéressant de savoir ce qu’en pense ledit comité. Ce que je sais, c’est que Jérôme Gardon donne une image indigne des institutions culturelles françaises. Il engage son lieu contre un artiste pour délit d’expression. Ma performance parlait de dignité, de respect et de liberté. Ce qui explique la manière dont la population a salué l’événement en lui-même. Et que doit-on en conclure après cette réaction du directeur de l’Alliance ? Que les chiens doivent se taire ? Peut-être qu’il faudrait lui expliquer à Jérôme Gardon que l’inimitié, on la fabrique dans une relation de tous les jours. Je ne voudrais pas tomber dans la parano de ceux qui disent que la France coupe les ailes à tous les Comoriens venant lui rappeler qu’une autre relation au quotidien est possible. Mais lorsqu’on vire le plasticien Seda de l’école française, et qu’on m’interdit de travailler sur le plateau de l’Alliance, il y a de quoi s’interroger. Qu’est-ce que j’ai fait de dérangeant ? Dire mon attachement à mon pays ? Inscrire mon travail artistique dans une réalité complexe ? M’interroger sur une relation tronquée entre un pays plus fort et une entité insulaire plus faible ? Mais à quoi servirait un artiste dans cet archipel s’il ne faisait que parler du sel de la mer ? ».

Suite à cette décision prise par la direction de l’Alliance française de Moroni, la compagnie O Mcezo* se retrouve sans lieu de répétitions pour sa troisième étape de travail. Washko Ink., qui produit le travail de la compagnie, regrette cette situation et s’apprête à en assumer les conséquences. Les deux structures renouvèlent leur confiance à Soeuf Elbadawi, et l’encouragent à inscrire davantage son travail dans l’interrogation citoyenne. Washko ink. et la compagnie O Mcezo* sont pour l’implication des artistes, des auteurs et des intellectuels comoriens.

Contact
Cie O Mcezo* || Washko Ink.
B.P. 5357 Moroni - Union des Comores - Téléphone : 00 (269) 3203048 E-mail : omcezo@yahoo.fr


Pour mieux comprendre lire l'article lié ci-dessous

Rédigé le Lundi 1 Juin 2009 à 10:29 | Lu 815 fois


Comores Mag

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