Lettre ouverte à son Excellence, Monsieur le Président de l'Union des Comores Ahmed Abdallah Sambi





Lettre ouverte à son Excellence, Monsieur  le Président de l'Union des Comores Ahmed  Abdallah Sambi

France, le 9 Juillet 2009 

 

Monsieur le Président 

Ahmed Abdallah Mohamed SAMBI 

Beit Salam 

Moroni 

Union des Comore

 

 

Objet: Lettre ouverte à son Excellence, Monsieur le Président de l'Union des Comores Ahmed Abdallah Sambi 

 

Excellence, Monsieur le Président, avant toute chose, nous tenions, nous jeunes comoriens, à nous joindre à la Nation entière pour présenter, à vous et à toutes les familles endeuillées par la tragique disparition de l'A310 du vol Yeménia, nos condoléances.  

 

Monsieur le Président de l'Union des Comores, vous êtes le premier d'entre nous tous. Vous avez hérité des pères de l'Indépendance, du 6 juillet 1975, d'un lourd, d'un riche et difficile héritage : celui d'unir, de fortifier, de diriger, de conseiller et d'orienter les quatre îles Comores vers un monde meilleur. Fils prodigue, vous êtes désormais le Père de la Nation comorienne et personne ne le conteste. Conscient de la hauteur de la tâche qui vous incombe, nous, jeunesse comorienne, voudrions dans ce moment d'urgence et de fragilité qui dure depuis 34 ans, nous joindre à vos efforts et vous donner notre appui et notre sentiment le plus profond. Dans la tourmente et la douleur indéfinissable qui nous ronge jusqu'au plus profond de notre être, nous estimons qu'il est plus qu'imminent de montrer par des gestes forts l'amour d'appartenir à cet Etat-Nation Comores plus de deux fois millénaire. Que nous soyons nés à Mamoudzou, Fomboni, Mutsamudu, Moroni, Mahajanga, Zanzibar, Mafia, Sanaa, Médine, Dakar, Casablanca, Marseille, Lyon, Le Havre, Paris ou Dunkerque, aucune barrière érigée et aucun visa scélérat ne pourra nous séparer de nos îles. Peuple debout et non courbé, nous, jeunesse comorienne voulons agir et nous agirons quoi qu'il arrive, car le temps n'a pas de temps à nous consacrer et que chaque jour qui passe charrie vers nos rives son lot de malheurs et de médisances. Cela suffit, nous ne voulons plus subir, mais agir! 

 

Monsieur le Président de l'Union des Comores, nous ne sommes pas coutumiers du fait. Prendre la parole et interpeller le premier magistrat des Comores sur la Place publique est un acte d'une très grande portée politique et peut apparaître comme une provocation. Néanmoins ne considérez pas cela comme un acte de défiance, mais plutôt comme une sonnette d'alarme. Le peuple comorien entier  vient d'assister à l'un des épisodes les plus tragiques de son histoire. Il n'y a pas un foyer comorien qui ne soit touché de près ou de loin par cette tragédie. L'atmosphère dans nos îles n'a jamais été aussi lourde et empreinte de tristesse. Le traumatisme est immense et nos absents occupent nos esprits, nos rêves, nos souvenirs ainsi que nos conversations quotidiennes. Pourtant, de catastrophes, nous, Comoriens, en avons faites et en faisons chaque année l'amère expérience. L'espoir subsiste toutefois. La foi en Allah nous guide et nous permet de croire en des lendemains qui chantent pourvu que nous nous donnions la peine d'essayer de lutter. Le crash du vol de l'Airbus A 310 Sanaa/Moroni, ayant engendré la disparition de 150 de nos compatriotes, aurait pu achever et foudroyer nos ultimes espérances de voir les Comores unies et triomphantes. Cet énième humiliation est plus qu'une blessure narcissique. La proximité de la mort a réveillé le vivant et le révolté qui sommeille en chacun de nous et c'est pourquoi nous avons jugé urgent de nous adresser directement à vous sans passer par de quelconques porte-voix susceptibles de travestir la nature de nos propos.   

 

C'est assez rare dans notre longue histoire, pour être souligné, d'observer ici la jeunesse comorienne bousculer les cadres et la hiérarchie de nos institutions coutumières pour venir parler au plus distingué d'entre nous tous. Sachez que nous venons en paix et que notre démarche est sincère et dénuée de toute velléité de coup d'Etat et/ou de guerre de la salive. Egalement fils de l'Indépendance, nous gardons et préservons jalousement en nous tel un feu sacré familial la devise de nos mères et pères : "Unité, Solidarité et Développement". 

 

En ces temps critiques et de calamités annoncées pour notre cher pays, en cet instant lugubre et froid comme la mort où le deuil a jeté son voile obscur sur notre archipel et où une grande partie de nos aînés ne parvient pas à parler d'une même et intelligible voix, quand bon nombre d'entre eux ne parviennent pas à nous éclairer ne serait qu'un petit peu de leur infinie sagesse, car tombés dans des querelles de pseudo-leadership, alors que la communauté comorienne est pâle et mourante, à l'heure, où la France vient de valider l'ancrage définitif d'une partie de notre territoire national, Maoré-Mayotte, à l'intérieur de son propre giron républicain, alors même que des milliers de nos sœurs et frères natifs de nos îles de la lune se voient interdits de déplacements et de séjours chez eux et que plus de 7 000 d'entre eux ont péri en mer entre Ndzouani-Anjouan et Maoré-Mayotte sans qu'aucune sépulture, condoléance et hommage digne de ce nom ne leur soit rendu (Paix à leurs âmes), quand des Comoriens, artistes ou non, voient leur liberté de parole bâillonnée et privée de scène simplement pour avoir crié haut et fort leur attachement à l'unité et à l'intégrité territorial des Comores, il est plus qu'urgent qu'un homme de votre envergure se lève pour dire assez. 

 

Nous vous enjoignons Monsieur le Président de l'Union des Comores, s'il vous plaît, d'agir au plus vite en rassemblant toutes les forces vives de la Nation des quatre îles des Comores, à faire corps et à dire stop à cette tempête de sauterelles.  

 

Monsieur le Président de l'Union des Comores, vous accueillez ce samedi 11 juillet le premier ministre français François Fillon. Vous êtes le membre le plus éminent de notre pays et nous vous faisons confiance pour lui montrer que l'hospitalité comorienne n'est pas une légende. Pour autant nous attendons de vous que vous transmettiez le message du Peuple et de sa jeunesse : Les Comoriens ne se satisferont pas des miettes de la coopération du Groupe de Travail de haut niveau (GTHN) et d'aides subsidiaires pour payer, quand la colère gronde, les arriérés de salaire de nos fonctionnaires. Le Peuple veut la Vérité, rien que la Vérité et toute la Vérité sur l'accident du crash du vol A 310 de Yeménia. Nous ne voulons plus d’"avions-poubelles" aux tarifs honteux pour les Comores, de surcroît pour une population aux revenus plus que modestes. Nous réclamons également la suppression du Visa Balladur interdisant la libre circulation des Comoriens à l'intérieur de leur archipel et la reconnaissance du caractère comorien de Mayotte et son retour dans son giron naturel comorien. 

 

Nous vous demandons de diligenter au plus vite une enquête internationale et indépendante pour faire toute la lumière sur ce qui s'est passé la nuit du 29 au 30 juin aux abords de Ngazidja-Grande Comore quand l'Airbus A 310 de Yeménia manœuvrait pour atterrir à l'aéroport international Prince Saïd-Ibrahim de Moroni. 

 

Nous vous prions également de faire votre possible pour que Yeménia rendent des comptes aux familles des victimes. 20 000 dollars par familles des victimes du crash de l'Airbus A 310, est-ce décent ? Comment pourriez-vous faire pour que ces familles éprouvées au plus profond de leur chair puissent être indemnisées justement même 

si tout l'argent du monde ne leur rendra pas les êtres chers perdus. 

 

Ces 141 disparus ne mériteraient-ils pas un hommage national et toutes les familles invitées bientôt à se rendre aux Comores y compris avec celles présentes déjà sur place ne devraient-elles pas être reçues au Palais du peuple afin d'être écoutées ? 

 

Comment faire pour qu’une une compagnie aérienne desservant les Comores, Yeménia ou une autre puissent dorénavant prendre en compte dans le contrat la liant à l'Etat comorien la sécurité optimale, l'accueil et des mesures d’accompagnement optimum pour les usagers comoriens et que les tarifs en vigueur ne soient désormais plus aussi prohibitifs. 

 

Une jeune adolescente franco-comorienne Bahia Bakari est actuellement dans un hôpital français à Paris, vous ne l'avez pas encore rencontrée. N'est-il pas nécessaire qu'elle reçoive enfin votre visite ? 

 

Il serait également opportun que nous sachions si en effet la marine française était bien stationnée ou non dans la zone où l'Airbus A 310 de Yeménia s’est abîmé en mer dans la fameuse nuit du 29 au 30 juin.  

 

Il est plus qu'urgent que vous demandiez un rapport public permettant aux citoyens comoriens que nous sommes d'être rassurés sur l'indépendance et la bonne volonté de nos autorités à tirer cette affaire au clair. 

 

Entendez Monsieur le Président ces mots sincères. Montrez-vous digne de vous aïeuls, soyez un exemple pour nous. N'entrez pas dans la grande histoire par la petite porte et comme l’homme qui a capitulé. Montrez nous que votre habit d'apparat n’est pas trop grand et que votre charge n’est point trop lourde. Il n'est nullement trop tard pour réagir et montrer à l'ensemble des ressortissants de l'archipel des Comores que vous êtes la dignité et l'honneur incarné d'un peuple et d'une terre ancestrale. Que vous ne faillirez pas. La sentinelle que vous êtes se doit d'être en alerte, vigilante. Pas seulement dans le champ du verbe, mais aussi dans celui de l'action. Positionnez vous pour le Peuple comorien et rien que les intérêts supérieurs du Peuple des quatre îles Comores. 

 

Veuillez accepter son Excellence Monsieur le Président de l'Union des 

Comores  nos salutations distinguées. 

 

Watwaniya 


Rédigé le Samedi 11 Juillet 2009 à 01:08 | Lu 1245 fois


Watwaniya

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