Les fiançailles à la comorienne par une franco-comorienne (1ère partie)



L’Europe et les Etats-Unis ont une grande influence sur notre génération. Notamment dans la manière de voir et d’imaginer les différents moments importants d’une vie. Il faut dire qu’à force de regarder la télé (je dis la télé, mais il ya des tas d’autres moyens d’être lobotomisé : les livres, les publicités, l’entourage…), des tas d’idées germent dans nos têtes quant à la manière dont vont se dérouler nos fiançailles, nos mariages et même notre vie commune. Moi par exemple, quand je pensais au jour où un malheureux me demanderait de l’épouser cela ressembler à ça :



Les fiançailles à la comorienne par une franco-comorienne (1ère partie)
Dans un restaurant chic, tous les deux, nous mangeons. Puis soudain il se lève, me regarde, s’agenouille, me présente une petit boîte en velours sortie de sa poche. Et en l’ouvrant doucement, me dit d’un air grave : « veux-tu m’épouser ? ». Et moi, folle de joie, les yeux brillants d’étonnement et de plaisir, je lui dis dans un murmure : « oui ».

Dans la réalité, ça ne c’est pas déroulé ainsi. Le pratique avant le romantique : « Je t’aime beaucoup et je voudrais être avec toi, mais pas comme petite copine, mais comme fiancée. Tu acceptes ? » Et tout cela, sur un canapé, dans un coin sombre de la maison, sans chandelles, sans musique douce en fond sonore, bref loin de mes rêves. (Mais bon, je lui ferais rejouer la scène plus tard.) Et apparemment, c’est ainsi pour beaucoup d’entre nous. Je connais peu de comoriens qui seraient capables, au jour d’aujourd’hui, de faire preuve d’imagination et de romantisme pour une demande en mariage. Et pourtant, ça fait toujours du bien quand les choses sont soignées et cela dans le moindre détail.
Maintenant que cette étape est passée, la prochaine approche à grand pas : l’officialisation des fiançailles. Dans ma logique, l’officialisation des fiançailles ressemblait à une grande soirée, tout le monde très chic parlant et riant dans le salon, en buvant du champagne (euh…du champomy). Là, ma mère s’avancerait (dans les films en général c’est le père qui fait l’annonce, mais dans mes rêves, c’est ma mère), et ferait tinter sa flûte de champomy avec une petite cuillère et dirait fièrement : « Hum, hum. Votre attention s’il vous plaît. Nous sommes réunis aujourd’hui car ma fille (moi) est désormais officiellement fiancée avec un homme dont je suis très fier également, qui lui apportera je l’espère un bonheur sans égal tout au long de sa vie ! Félicitations !!! ». Et moi, à ce moment là, je me mettrais à rougir (ça peut rougir les noirs ?!?) et je balbutierai : « merci maman ».(Je devrais peut être me lancer dans l’écriture de scénario de films à l’eau de rose)

Apparemment les fiançailles à la comorienne, ce n’est pas DU TOUT ça. Meza, paouni, etc…( des mots que j’ai entendu pour la première fois il y a quelque semaines) ce n’était pas vraiment ce à quoi je pensais pour ce magnifique jour. Et comme je n’ai jamais vu les choses ainsi, je ne sais pas si je dois m’en réjouir ou pas. J’ai confiance et je sais que tout sera merveilleux, mais quand on a été conditionné pour penser d’une certaine manière (conditionné par la télé) c’est dur de revenir à la réalité. De plus combiner le rêve et la réalité semble difficile. Je ne veux pas abandonner l’idée d’une réception, classe et sobre avec buffet froid commandé chez le traiteur. Mais ma famille (surtout les mbae et les coco) ne semblent pas apprécier cette idée : « nous sommes comoriens, nous voulons manger comorien, qu’est ce qu’on va faire de canapés au saumon !? ». (euh…manger ?)
Mais la nouvelle génération veut se distinguer. On veut allier la tradition et l’évolution des mœurs. Je sais par exemple qu’à présent, la tenue officielle des petits mariages (hallal), c’est le sari et non plus la tenue traditionnelle comorienne (sachant qu’aujourd’hui porter un sari, c’est faire preuve d’élégance). J’imagine qu’il ya quelques années, ce n’était pas le cas. On a des rapports avant le mariage, et il n’y a plus aucun parent ou presque qui sait où en est la vie sexuelle de leur enfant (alors qu’avant, il y avait vérification à chaque mariage : le fameux drap blanc, qui, à mon avis, à bien fait de disparaître parce qu’après on aurait découvert de ces choses !! Mais bon, ça, j’en parlerai dans un autre article). Est-ce qu’un jour les choses vont évoluer de telle manière que, ce que je considère aujourd’hui comme des rêves, deviennent réalité ? Perdrons-nous notre identité à cause de la télé ? Franchement, je le pense. Et c’est vrai que c’est dommage. Nous perdons notre culture au profit d’autres cultures. Et ce n’est pas seulement parce que l’on a envie de se distinguer, c’est surtout parce que nous ne savons pas assez de notre culture (en tout cas concernant les fiançailles). Il n’y a pas assez de « publicité » pour notre culture. Et pour des gens qui vivent à l’étranger (comme nous français), nous grandissons avec plus de représentations occidentales que comoriennes. Je n’ai jamais assisté à des fiançailles. D’ailleurs lorsque j’ai dit que j’allais me fiancer, personne autour de moi (de moins de 60 ans) n’a su se représenter ce jour.
Quand tout cela sera terminé. Quand je saurais à quoi ressemble des fiançailles à la comorienne, je vous en dirai des nouvelles. Il est grand temps de diffuser la bonne parole. Le monde occidental n’est pas plus beau que le nôtre. Nous avons des richesses culturelles qu’ils n’ont pas. Et si pour notre génération, il est trop tard, il n’est pas trop tard pour la génération suivante ! La tradition a sa beauté, à nous de la révéler, mais à vous chers parents et autres adultes de nous la faire découvrir.


Rédigé le Jeudi 21 Mai 2009 à 03:58 | Lu 3135 fois


Riwadi

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