Idrisse Munemua, musicien



Ses fans l’appellent Matchote, qui est son nom d’artiste. Mais pour moi il va se faire une fierté à m’épeler son nom et insister sur le MUNEMUA. Dès notre première rencontre, il y a quelque mois à peine, je suis devenu non seulement un accro de sa musique, avec son groupe phare Xitende (prononcer shitende, du nom d’un instrument traditionnel du Mozambique) mais sommes devenus de bons amis, sinon des frères. Le premier Mozambicain avec qui j’ai commencé à tisser une solide amitié, Matchote est un virtuose du saxophone, instrument qu’il manie avec une aisance prodigieuse comparable à un non moins prodigue du saxo, Manu Dibango. La musique c’est sa vie. Il suffit de voir combien il est sollicité par presque tous les grands artistes de Maputo. Et lorsqu’il ne joue pas avec son groupe, il est soit dans un studio d’enregistrement pour tel ou tel artiste, soit en train de jouer avec des musiciens traditionnels, ou tout simplement en train de récupérer un sommeil manqué d’une nuit de boulot typiquement mozambicaine. Car il a l’oreille musicale et … le souffle, malgré son physique.



Idrisse Munemua, musicien
Matchote, cinquième enfant d’une famille qui en compte six, est le fils d’un père d’origine comorienne et d’une mère mozambicaine, et fait partie de la troisième ou quatrième génération de Comoro-mozambicains qui tirent leurs origines lointaines comoriennes des quartiers Mafalala et Chamanculo dans la capitale mozambicaine, Maputo. Mais Matchote, comme beaucoup de ses compatriotes de la communauté comorienne dans cette partie de l’Afrique australe, souffre du mal du pays, ne connaissant absolument rien de ses origines insulaires au milieu du canal du Mozambique. Père de quatre enfants dont le plus jeune, Abdala, est âgé de 8 ans, Matchote est un homme modeste, animé de la gentillesse qui caractérise la majorité des habitants de ce pays, si proche des Comores, culturellement et historiquement, mais en même temps si lointain pour la communauté d’origine comorienne du Mozambique.

Notre première rencontre, très émotionnelle, s’est basée sur ma quête à trouver le moindre indice ou information de sa part susceptible de m’aider à localiser l’origine géographique de la ville ou localité de son père, décédé il y a quelques années. Mes efforts furent payants quelques mois après cette rencontre lorsque Mze Mroivili Wa Twabibu me confirma que le père de Idrisse, Mnemwa Wa Mtsashiwa, est originaire de Bangwa Kuuni dans le Mbwankuu à Ngazidja. D’après ce septuagénaire, Mnemwa Wa Mtsashiwa serait arrivé au Mozambique beaucoup plus tôt que tous les autres compatriotes qui étaient présents à la mosquée shadhuli de Maputo ce vendredi là. Impossible pour eux de donner une année exacte dans l’immédiat. Depuis, j’ai pris goût à déplier les cartes des îles Comores et donner une visite virtuelle à Matchote du pays de ses autres ancêtres. En attendant le jour où je pourrais l’emmener rendre visite à de (probables) congénères à Bangwa.

Malgré tout, c’est avec fierté qu’il me raconte sa première rencontre avec la « terre natale » lorsqu’il foule le sol de Maore. En effet, Matchote et son groupe Xitende ont représenté le Mozambique au Festival Interculturel de Mayotte (FIM) en 2004. De ce concert, il lui est resté un souvenir inoubliable des Comores et des Comoriens. Et pour cause. Matchote et son groupe de six musiciens ont eu une mésaventure durant le voyage au départ de Maputo, lorsque, faute de places d’avion disponibles pour tous les membres du groupe, il se retrouva avec seulement son batteur et son guitariste au festival. Impossible pour lui d’annuler sa prestation et c’est avec la solidarité comorienne qu’il va maintenir sa participation. « J’ai eu la chance de rencontrer de bons musiciens comoriens qui, en l’espace d’une journée, ont appris et répété les chansons de mon répertoire avec une facilité incroyable, lance-t-il tout souriant ». Et de renchérir « C’était formidable et Ahmed, Séef, Ignace et un autre compatriote, ont été formidable ». Matchote faisait référence à mes amis du groupe Ngaya, dont Ahmed fut aussi un collègue de travail de ma femme à Moroni, qui étaient présents au FIM. Et quelle prestation ! J’étais moi-même fou de joie en visionnant la vidéo du concert que Matchote garde précieusement. Son plus grand rêve ? Qu’un jour il découvre « sa famille de là-bas » en retournant jouer avec ses compatriotes de Ngaya et le non moins célèbre musicien comorien Wanamah, envers qui Matchote ne tarit pas non plus d’éloges, et qu’il a eu aussi à accompagner lors du même festival. Ce sera pour lui un véritable retour aux sources.

Rédigé le Vendredi 12 Novembre 2010 à 09:30 | Lu 1304 fois


00269.net - Ben Amir SAADI

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